Polonais, petits pas vers la construction d’un avenir à peine esquissé

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Que m’arrive-t-il ?

Un deuxième billet en à peine 24 heures ? Je dois avouer que lire les billets d’amies n’y est pas pour rien.

Pourquoi vouloir accoucher des mots maintenant alors que la gestation ne fait peut-être que de commencer ?

Tout simplement parce que la vie est parfois décevante, imprévisible, effrayante par cette béance où toute pensée est possible. Tandis que les actions sont réduites, filtrées par nos hantises, les doutes qui nous assaillent tels des Croisés obstinés dans la bataille pour vaincre l’ennemi impie.

Je me sens aspirée par le vide, l’oisiveté, le défaitisme et une certaine culpabilité. D’autres jours, je me sens bien alors qu’il n’y a apparemment aucune raison pour me faire sentir bien. Dans ces cas-là, je tiens à rester bien dans ma peau : les moments de bonheur et d’euphorie sont rares, donc précieux et fragiles.

Depuis quelques jours, je regrette amèrement (mais sans que cela me torture) d’avoir dû quitter Rennes. Je me souviendrais de mes derniers jours là-bas : j’étais devenue un zombie exsangue de tout espoir. Je n’arrivais plus à profiter de mes derniers moments. Je voulais à tout prix rester, y trouver un travail, même pas terrible. Mais il fallait revenir chez mes parents (que je ne considère plus être mon foyer, ni mon home sweet home, quelle apatride je fais !), rédiger ce fichu rapport de stage, préparer mon Powerpoint pour la soutenance. J’étais lessivée, gagnée par la démotivation et la nullitude qui engourdissent mes capacités intellectuelles.

Je ne m’attarderai pas sur cet épisode. J’ai de plus en plus tendance à vouloir oublier le passé. J’arrive à oublier certains gros fragments, mais notre psyché a une boîte noire cruelle. On aurait dû penser à l’appeler Mnémosyne.

Je voudrais aborder un sujet que je n’ai peut-être pas encore développer. J’ai vécu six mois de ma vie en Pologne : d’abord à Katowice (un mois), puis à Torun (ville de jeunesse de cet astronome germanophone Nicolas Copernic). J’ai pu découvrir un pays torturé, blessé mais fort grâce à ce séjour en Erasmus. Si je n’étais pas obligée d’y aller, je serais passée à côté de quelque chose. Pour sûr.

Depuis ce séjour, je travaille en autodidacte mes connaissances, parfois brouillons, de cette langue si complexe mais passionnante. Peut-être du masochisme. Au fond, apprendre une langue aussi « facile » que l’espagnol m’est sûrement ennuyeux parce que c’est justement facile et qu’intellectuellement, on n’a pas de grands efforts à fournir. Admettons-le, l’espagnol, grammaticalement parlant, n’est pas une langue aussi facile que l’on croit. Surtout quand on doit se taper des textes juridiques à traduire. Là, c’est l’horreur. Je n’ai pas cette attirance réciproque pour les langues romanes.

Revenons au polonais. Depuis que je suis au chômage, je mets un point d’honneur à travailler cette langue. Tout dépend de ma disponibilité. Et de manière assez surprenante, je travaille cette langue très spontanément et assez régulièrement. Il ne me manque plus que de relire mes fiches au lit avant d’attendre que Morphée veuille bien me prendre dans ses bras.

Cette entreprise spontanée me fait revenir dans une bibliothèque qui était une oasis comparée à la BU de mon ancienne université. Certes, elle est plus bruyante, moins fournie en livres sur les langues. Cependant, j’ai le plaisir de découvrir que le rayon littérature polonaise s’enrichit de plus en plus de romans non traduits en français. Quelle aubaine ! Quel soulagement ce fut de constater que j’avais une sacrée matière à exploiter, à creuser. Mon polonais, dans six mois, sera moins brouillon et pauvre. J’en suis très contente. Et je suis encore plus contente d’avoir rencontré une petite fée en exil écossais. Une personne aussi « language freak » que moi, voire même plus folle (ce qui est un compliment venant de moi), passionnée, intelligente, cultivée, curieuse. Et qui m’a bien soutenue lors de mes dernières semaines en Écosse. Elle se reconnaîtra je pense 🙂

Je ne sais quand je retournerai en Pologne pour pouvoir continuer à visiter ce beau pays et pouvoir parler avec les autochtones. La Pologne m’a gagné. Je n’ai pas abandonné cette main tendue de si tôt. Cela fait trois ans que j’ai quitté le territoire polonais. Les Polonais ont toujours eu du mal à prononcer mon vrai prénom. Les Grecs n’ont pas envahi la Pologne. Professionnellement, j’aimerais pouvoir faire mes armes dans ce pays. Une plus-value considérable pour moi. Mais quand aurais-je cette opportunité ?

Deux mois au chômage, et je vois (lien envoyé par une amie) qu’un Master 2 pourrait me remettre sur les rails (de la fac, mais également sur mon métier). J’ai encore des choses à réaliser, à parachever avant de retourner sur les bancs de l’université. Code, permis, petits boulots pour enrichir mon compte en banque et ma rubrique « expérience professionnelle », apprentissage du polonais en autodidacte, peut-être stage de danse orientale (que j’avais déjà pratiquée), repos bien mérité (deux années bien stressantes), réfléchir au sens de la vie (et de ma vie).

Un sentiment d’abandon indécrottable constamment présent dans mes angoisses, qui abrite même la caserne de mes angoisses. Autour de moi je ne vois que fumier pour si peu de roses. On aura beau me dire de mieux regarder, de mieux examiner, de m’émerveiller. Non, il n’y a rien ici pour moi. Ou presque. Et bizarrement, c’est ce « presque »  (ce qui se cache derrière) qui nous retient de tout larguer pour espérer trouver l’herbe plus verte ailleurs. Mais bon sang, l’herbe était plus verte à Rennes !!!

Alors bien sûr le doute est le mot-clef de cette situation qu’on aimerait plus épanouissante. La vie est faite d’un chapelet d’étapes parfois bien douloureuses. Je vois le côté positif, même si mon entourage me trouve bien révoltée et romantique, parfois résignée et mélancolique. L’hiver n’a jamais aidé. En hiver, j’aimerais mourir. Au printemps, j’aimerais renaître de mes cendres et montrer au monde combien je suis unique. Parce que j’ai de la valeur, mais elle ne se pèse ni se mesure.

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À propos de Sighild

Une Celte passionnée, analysant parfois trop, curieuse et toujours avec des idées parfois farfelues. Végétarienne, mélomane, poétesse et renouant avec la Nature et ses cycles. Ce blog est mon repaire, parfois un peu fantasque, échevelé, alambiqué et souvent très spontané. A vegetarian Celtic lady, roaming on the Earth and a stargazer, passionate, sensitive, sometimes a warrior. This blog is my lair where I play with concepts, words, thoughts and dreams.

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